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10 septembre 2015

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9 septembre 2015

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Les enfants de l’Yser (1914)

 

Lors de la campagne de 1914, la Belgique a été rapidement débordée par l’avance allemande. Les autorités de certaines régions frontalières de la France, notamment le Malinois, ont pris l’initiative de préserver leurs jeunes enfants. Des groupes ont été envoyés dans des régions supposées à l’abri du conflit, le sud et l’ouest de Paris, la Normandie. Les congrégations notamment ont contacté leurs ordres et organisé l’hébergement de groupes de 50 à plus de 100 enfants dans des écoles, des institutions, des châteaux. Viroflay reçut ainsi 45 fillettes de l’Yser, zone de front durement touchée par les combats. Le retour des enfants s’est échelonné sur près d’un an après la fin du conflit.

Colonie de Viroflay

Les conditions en sont relatées dans la Gazette n° 2 (février 1992) rédigée par Mme de Gisors et la Société d’Histoire "Comment Viroflay a vécu la Grande Guerre 1914-1918". Ainsi on lit au §II (Le problème des réfugiés) :

Les belges

...

En juillet 1915 il y avait à Viroflay environ cent réfugiés de la Belgique et des départements envahis qu’il a fallu nourrir, habiller et loger. Ils touchaient une allocation qui, pour 15 jours, en faveur d’une famille de huit personnes, dont deux enfants, se montait à 127,50 Francs*. (Nous l’avons vu, le litre de lait valait alors 0,50 F et les boulangers devaient vendre 1,20 F le pain de 4 livres).

Les archives contiennent un grand nombre de lettres de ces réfugiés qui demandent à la commune de leur faire avoir cette allocation. Parmi les réfugiés belges, il y avait 45 enfants, encadrés par 5 religieuses, belges également, de la région d’Ypres et de Malines. L’une d’entre elles avait avec elle son vieux père âgé de 88 ans. Cette petite communauté était hébergée au Refuge de La Ruchette, ancien préventorium construit en 1900, 27 rue Pasteur à Viroflay. Elles reçoivent 0,80 F par jour et par enfant pour la nourriture, le charbon, la lumière ...

Une lettre fort émouvante de M. Welschinger (14 juillet 1915) est un appel en leur faveur à la charité publique. Si la charité des familles permet d’habiller les enfants, les chaussures posent un problème urgent à résoudre. Il faudra aussi des manteaux et des couvertures pour l’hiver. La souscription publique pour les chaussures, patronnée par la Mairie, rapportera 163,95 F. Une petite fleur, vendue dans la rue au profit des enfants réfugiés belges et français, donnera 1102,50 F.

Colonie de Choisy-le-Roi

Une importante colonie de garçons se tenait à Choisy-le-Roi. Un article de journal le relate en termes ampoulés :

Colonie scolaire des enfants de l’Yser

Au sud-est de Choisy-le-Roi, caché dans un creux de terrain au pied des mamelons à travers lesquels serpentent une des routes et une des voies ferrées de Versailles, se trouve le hameau de Grignon, dépendant de la commune et paroisse d’Orly. C’est là que les pères du Saint-Esprit, ces admirables missionnaires, abritaient leur noviciat avant la rafale de la séparation** depuis ce beau domaine a subi les outrages du temps, tout en donnant asile à une œuvre d’apprentis-jardiniers : au commencement de la guerre, il a été occupé par un bataillon d’infanterie, aujourd’hui il est devenu maison de refuge pour les enfants Belges victimes de la guerre.

Ils étaient là, sur tout le front de bataille en Belgique, et particulièrement dans la région de l’Yser, des centaines d’enfants abandonnés, les uns parce que leurs parents sont morts, prisonniers ou dispersés ; les autres parce que leurs foyers sont vides ou détruits et que les familles sont matériellement incapables de les nourrir et de les garder.

Le gouvernement belge, qui a déjà donné tant d’exemples dans cette guerre, s’est fait le père et le pourvoyeur de tous ces délaissés, et il a établi des colonies en différents coins de France où des instituteurs et des religieuses belges leur donnent leurs meilleurs soins avec un dévouement rare : on appelle ces établissements de fortune des colonies scolaires, elles seraient mieux dénommées maisons de famille, tellement les enfants y sont bien traités, surtout au point de vue moral. Au point de vue matériel, tout n’est pas encore fait peut-être, entre autres en ce qui concerne et le vêtement et la nourriture : mais nous sommes en été, les pommes de terre sont bonnes et les petits pieds n’ont pas encore besoin de bas dans leurs souliers éculés. Ce sera autre chose quand l’automne annoncera l’hiver et toutes ses rigueurs. Sans doute, c’est le gouvernement belge qui continuera à s’occuper de ces pauvres petits ; sans doute, la France, qui doit tant à la Belgique, a déjà fait quelque chose puisque par l’organe de quelques français comme Mgr Leroy, supérieur des pères du Saint-Esprit, et d’autres personnes charitables, elle a offert des asiles convenables à ces petites et si intéressantes victimes de guerre ; mais à cette reconnaissance et à cette charité quasi officielles, la bienfaisance privée n’a-t-elle pas un peu le devoir d’ajouter quelque chose, de façon à rendre l’exil moins dur à ces pauvres enfants et à consoler, à rassurer celles de leurs mères vivent, quand elle sauront que des mères de France ont fourni des vêtements chauds peut-être même quelques douceurs, à leurs petits abandonnés ?

Personne ne m’a rien demandé pour eux et je n’écris pas cet article pour faire un appel en leur faveur. Je veux simplement signaler aux femmes de France, qui s’ingénient si admirablement partout aux oeuvres de charité, une détresse vraiment à nulle autre pareille, celle de centaines d’enfants de six à quatorze ans ramassés autour des tranchées et réunis ici, en France come si la France était naturellement et inévitablement leur seconde mère : certes, elle ne manquera pas à son devoir, mais ne semble-t-il pas qu’elle doive le faire plutôt par les prévenances et les ressources de la charité privée ?

Veut-on savoir si ces enfants, en dehors de leur détresse, qui les rend si intéressants, méritent qu’on s’occupe d’eaux ? Une petite-fille de neuf ans, qui est maintenant dans une colonie à Versailles***, je crois, avait eu son père et sa mère tués : elle est recueillie par une compagnie de soldats belges ; ils lui font un bon lit dans un coin abrité de leur tranchée. ; chaque soldat devient son père te sa mère ; ils la font prier le matin et le soir ; elle s’habitue au canon et à la fusillade ; quand la compagnie allait au feu, elle mettait son enfant en prière et et l’ange égrenait son chapelet, à genoux, au fond de la tranchée, pendant que la bataille faisait rage : si tous ne revenaient pas, il restait à la petite assez de papas et de mamans parmi les survivants pour qu’elle ne s’aperçoive pas trop des sanguinaires appétits de la mitraille et du canon. L’histoire de cette enfant n’est-elle pas ravissante, et combien du même genre en racontera-t-on plus tard ?

A Chevilly, encore chez les pères du Saint -Esprit, il y a plus de 200 garçonnets. Ici, à Grignon****, ils sont 270, et, je dois dire que je suis émerveillé de leur piété, de leur tenue et de leur discipline : un geste, un signe, ils s’ébranlent avec autant d’harmonie qu’un bataillon longtemps exercé ; ils viennent de villages très différents ; les uns sont welches, les autres, en plus grand nombre, Flamands ; ils ne se connaissaient pas quand ils ses ont rencontrés, pauvres petits troupeaux venus de partout. Et voilà qu’ils forment un tout compact ; en une semaine, ils étaient fondus, unifiés, comme un collège de jeunes gens qui auraient la même éducation, les mêmes habitudes, le même idéal élevé et bien compris. Tout cela s’est fait naturellement, j’allais presque dire sans efforts, par le fait de cette discipline forte et déjà harmonieuse qui préside à leur formation scolaire dans toutes les écoles et qui paraît être l’âme de l’autorité qu’ont les maîtres. Ah ! ces maîtres, religieuses, directeur, surveillants, instituteurs, comme je voudrais les louer et les montrer en exemple à nos maîtres d’Alsace-Lorraine qui arrivaient à de si maigres résultats avec lla discipline de la force et de la contrainte qu’on leur imposait, aux maîtres de la France qui ne peuvent plus demander à la foi chrétienne la vraie source de l’obéissance, le secours de ses dogmes et de ses grâces ! Je préfère admirer et louer le système moral et religieux, d’après lequel sont formés les maîtres belges. Depuis que j’ai vu leurs enfants à l’église et en récréation, depuis que j’entends la classe qu’on leur fait en dessous de mes fenêtres, je comprends mieux la Belgique ; je ne m’étonne plus que son peuple ait été à la hauteur de devoirs auxquels il n’était pourtant pas préparé et qu’il ait imité l’héroïque fierté de son roi.

Telle école, tel peuple ! Je vois tous les jours l’école, les maîtres et les enfants belges, et je ne puis me défendre de la pensée et de l’espoir que Dieu ne peut pas laisser une nation comme celle-là dans la situation où elle s’est mise pour la défense du droit et de la justice.

Mercredi, en célébrant joyeusement la fête de l’indépendance de leur pays, les 300 bambins de grignon acclamèrent le discours de leur directeur par les cris répétés de : « Vive la Belgique ! » et « Vive la France ! » ; et tous autour d’eux nous les répétions de tout notre cœur, en pensant que la mère-patrie de ces chers enfants ferait autant de bien à la France par ses exemples, leur patrie d’adoption, qu’elle lui en avait fait au début de la guerre par le sang de ses soldats.

« Vive la Belgique ! Vive la France ! »

Signé H. Collin, directeur du « Lorrain »

* Eléments financiers : dans les tables de pouvoir d’achat, 1 F de 1915 représente 2,75 € de 2012 voir

** Séparation de l’église et de l’état, (lois de 1905)

*** Voir CPA ci-dessous pour Versailles.

**** Le hameau de Grignon s’étend sur les communes de Thiais et d’Orly. Son château, 110, avenue Paul-Vaillant-Couturier, figure sur la carte des chasses. Son jardin est devenu un parc à l’anglaise, avec une rivière, des allées sinueuses et des serres luxueuses. Le domaine est maintenant la propriété de la Fondation des orphelins apprentis d’Auteuil.

Colonies de Chevilly-Larue

Les enfants furent répartis par groupes de quelques dizaines dans les banlieues sud et ouest de Paris : Ballainvilliers, Nanterre, Orly, Versailles, Chevilly-Larue. Ce dernier article (auteur Marc Ellenberger, archiviste municipal) donne des détails concrets :

La tâche est lourde pour Achille Decock, directeur de la colonie scolaire de garçons de Chevilly, et pour les deux religieuses directrices successives de celle des filles, Mathilde Vanevillic (Mère Xavier) et Virginie Comeyne : budget, personnel, vie scolaire et religieuse, approvisionnement, santé morale et physique des petits réfugiés ... La plupart de ces enfants, qui vivaient précairement près du front en Belgique non occupée, étaient arrivés à Chevilly avec seulement les habits (souvent usés) portés sur eux. (...) L’entretien et le renouvellement des chaussures devenant préoccupant, un cordonnier est employé à demeure à la colonie des garçons, rejoint ensuite par quatre sabotiers, qui fabriquent des sabots pour les deux colonies de Chevilly et celle de Grignon. Le gouvernement belge fournit de l’habillement, notamment des blouses pour les filles et des costumes bleus quasi-militaires pour les garçons. (...) Leurs budgets sont complétés par l’allocation versée à chaque réfugié par l’État français. Aucune contribution n’est demandée aux parents des enfants. L’alimentation constitue un poste budgétaire important. Pour 300 personnes, il faut acheter chaque mois environ 5,1 tonnes de pain, 2,7 tonnes de pommes de terre et 0,8 tonnes de viande, 2 500 litres de bière, ... Pour réduire les frais alimentaires et donner un apprentissage agricole aux élèves, dont beaucoup sont des enfants d’agriculteurs, la colonie de garçons de Chevilly loue et cultive dès février 1917 près de 16 hectares de terres, produisant principalement des haricots et des pommes de terre. Elle achète aussi 2 chevaux, 2 vaches, 15 porcs, des poules et des lapins. (...) Des démonstrations patriotiques sont aussi faites lors des visites de personnalités belges, dont celle de la duchesse de Vendôme, soeur du roi Albert 1er, le 15 décembre 1915. Le 6 décembre, à la Saint-Nicolas, les enfants reçoivent de petits cadeaux et des friandises (des spéculoos en 1915, remplacés en 1916 par du chocolat et des oranges). (...) L’offensive allemande sur la Marne lancée fin mai 1918 entraîne l’évacuation en juin et juillet d’une grande partie des enfants vers le Sud, les garçons aux Mées près de Sisteron et les filles à Saint-Pandelon à côté de Dax ; ils reviennent à Chevilly par groupes échelonnés jusqu’à la fin de l’année. Entretemps, l’Armistice tant attendu a enfin eu lieu le 11 novembre. Le retour des exilés en Belgique demande encore un peu de patience, le temps de l’organiser. Il s’effectue par départs successifs de février jusqu’au 6 mai 1919, après presque 4 ans d’exil à Chevilly. La joie des retrouvailles familiales n’est pas le lot de tous les enfants ; certains ont eu leurs pères tués au combat ; d’autres doivent entrer en orphelinat, n’ayant plus de familles. (...)

Colonies de Normandie

Un article d’Alain Lelièvre dans Paris Normandie 25/01/2014 relate sa quête historique.

Lorsque l’on interroge Alain Lelièvre sur ses recherches, les informations fusent, en pagaille. L’historien, pas si amateur, se passionne depuis près de dix ans pour les colonies d’enfants belges qui peuplaient le pays de Caux pendant la Première Guerre mondiale. Son travail de fourmi est une première. « Il n’y a rien aux Archives de Rouen. » Du coup, les archivistes normands et belges suivent les recherches de cet habitant de Criquetot-sur-Ouville et sont preneurs de tous documents pouvant étayer leurs dossiers.

L’histoire d’amour entre Alain Lelièvre et ces colonies remonte au grand-père du chercheur. « Il m’a parlé d’une colonie belge vivant dans le château pendant la Première Guerre mondiale ». Quelques années plus tard, l’homme découvre une carte postale représentant « les enfants de la colonie de Criquetot faisant leur toilette »

(...)

Patiemment, il reconstitue l’histoire de ces petits : « La ville d’Ypres est bombardée en 1914. Les enfants ont été mis en sécurité. De 1915 à 1919, 2 700 petits arrivent dans le département. Les derniers ont quitté Ouville-l’Abbaye en 1920. Ils arrivent à Yvetot par le train, par groupes d’une cinquantaine, puis ils sont répartis entre les colonies. Il y avait trente-deux colonies scolaires ».

Pour l’instant, Alain Lelièvre se concentre sur les cinq du canton de Yerville (Criquetot, Hugleville, Saussay, les deux d’Ouville) et celle des Dames Blanches à Yvetot. Les enfants sont répartis par sexe : les garçons à Yvetot, Hugleville et La Saussay, les filles à Ouville.

La vie de ces enfants, entre 3 et 16 ans, était difficile : « Ils n’avaient pas à manger tous les jours, pas de bois de chauffage. À Criquetot, ils échangeaient un peu de travail dans les fermes contre de la nourriture ». Ils sont pris en charge par les congrégations religieuses locales et vivaient de la charité. Onze d’entre eux décèdent à Ouville-l’Abbaye, mais seule une tombe existe encore.

En images

Les CPA nous présentent surtout les grandes colonies de Seine Maritime, près Barentin. En région parisienne, on trouve Orly, Choisy-le-Roi, Garches, Champlan, Nanterre, Versailles, etc ... et Viroflay.

-  Viroflay

La rue Pasteur, depuis la place Jeanne d’Arc (coll. part.)
La rue Pasteur, depuis la place Jeanne d’Arc (coll. part.)

La Ruchette, pouponnière 27 rue Pasteur. Réquisitionnée par les occupants comme centre de transmissions pendant la seconde guerre mondiale, elle a été détruite à l’explosif en 1944 peu avant l’arrivée des Alliés. CPA ELD n°11, circulée le19/10/1914 expédiée par J. Faure, 11e d’artillerie, 3e batterie R.A.T. (coll. part.)
La Ruchette, pouponnière 27 rue Pasteur. Réquisitionnée par les occupants comme centre de transmissions pendant la seconde guerre mondiale, elle a été détruite à l’explosif en 1944 peu avant l’arrivée des Alliés. CPA ELD n°11, circulée le19/10/1914 expédiée par J. Faure, 11e d’artillerie, 3e batterie R.A.T. (coll. part.)

Vue de la Ruchette et du parc. CPA L’H, sépia, circulée le 28 déc 1938. Carte de voeux, écrite par un enfant.
Vue de la Ruchette et du parc. CPA L’H, sépia, circulée le 28 déc 1938. Carte de voeux, écrite par un enfant.

zoom

-  Versailles

La colonie de Versailles. CPA circulée.
La colonie de Versailles. CPA circulée.


(mise à jour octobre 2017)